Jésus appelle Matthieu le percepteur, qui collaborait avec l'occupant ; Jésus s'attable avec les publicains et les pécheurs. Son appel efface toutes les barrières, surtout celles du jugement des hommes. Son sacrifice à lui, celui que nous célébrons à chaque messe, a été la preuve suprême de son amour, pour Dieu et pour les hommes ; son sang a été versé pour la multitude.  Ce qu'il veut nous donner, en venant à nous, c'est un cœur universel ; non pas un cœur qui rêve à l'universel, mais un cœur prêt, chaque jour, à toutes les indulgences, à toutes les patiences, à tous les pardons. 
 
 "C'est l'amour que je veux, et non les holocaustes".       Fr Jean (ocd)

Ce mot m'a été une interrogation : quand donc est-ce que je prie ? Qu'est-ce que prier pour moi ? Parce que Jésus suppose qu'on le fait, il donnera ensuite des conseils. Mais il y a plus profond : qu'est-ce que prier ? C’est assez difficile de le définir. Chacun a sa définition, c’est tellement personnel. J’aime beaucoup celle du Père de Foucauld : « Prier, c'est penser à Jésus en l’aimant. »
Pour moi, je crois que je dirais : c’est le cœur s’éveillant à une Présence, c’est être présence à cette Présence, me laisser prendre par cette Présence. La foi, et l'Esprit-Saint en moi, me disent que cette Présence est Amour, un amour qui est une Personne et qui est personnel, un amour qui se penche et qui s'offre à chacun de nous, donc à moi, qui attend une réponse. Réponse qui sera, bien sûr, l'éveil de mon cœur à l'appel du Père, à l'appel de Jésus, et qui se voudrait réponse d’amour. Un amour qui sera d’abord abandon à l’action du Saint-Esprit qui est de me façonner un cœur d'enfant et de m’apprendre à aimer le Père et à prononcer son nom, comme Jésus.
Je crois que c’est plus encore: laisser prier Jésus en moi. La seule vraie prière, c’est celle de Jésus en moi, comme le seul amour véritable, c’est celui de Jésus aimant en moi. Oui, j'aime souvent répéter : Jésus, prie en moi ta prière d'amour, aime en moi tous tes amours divins. Rencontrerla prière de Jésus, c’est alors — il est bon de le penser et d’y croire — rencontrer son regard vers le Père qui le regarde et me voit dans ce regard. Et mon regard dans ce regard me permet de découvrir un cœur aimant, toujours donné et toujours donnant.
Mais c'est difficile à exprimer, c'est tellement au-delà... La définition du Père de Foucauld exprime bien, je crois, la prière diffuse qui doit éclairer et animer toutes mes journées. C'est le cceur et la vie s'accordant pour vivre de Dieu et pour Dieu. Pour moi, elle se concrétise surtout par une intimité toute simple avec Jésus à travers tout, une préférence que j'essaie de lui donner dans le jeu du quotidien, l'accueil de ses appels souvent signés d'exigences.
Cela se vit « dans le secret », comme dit Jésus, secret d'amour, peut-on dire, qui se vit à deux, comme tout secret, au seul regard de Jésus. C'est dans le secret du silence, quand tout s'apaise en moi. Ce silence peut être aussi celui de Jésus, il l'est même assez fréquemment. Mais s'il se tait, c'est comme dans la barque, un sommeil qui veille. Et puis je sais qu'il est là, rien ne devrait m'ôter cette assurance, il l'a promis : « Je suis toujours avec vous. »
Cette prière avec Jésus a bien des façons de se traduire. Elle peut être amour, adoration, louange, action de grâces, regret ou simplement présence, au gré de l'Esprit-Saint, des circonstances ou des dispositions intérieures. Mais il est bien des joursoù tout est vide, sans goût, où l'imagination s'enfuit. Alors ma prière, ce sera simplement d'être là, mendiante, m'exposant à sa Présence, à son regard, regard de tendresse et de bonté. Je sais, ma prière est bien pauvre, et même si elle compte des ratés sans nombre, je sais que Jésus l'attend, comme une toile d'accueil de sa prière.